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Markelle Fultz

Markelle Fultz: Futur drame à l’horizon ?

Ah Markelle.. que c’est dur d’écrire ces lignes. Mais il le faut, car les doutes se multiplient à mesure que les ténèbres s’épaississent autour du futur du chouchou du Wells Fargo Center.

Recruté par les 76ers avec le premier choix de draft 2017 à l’issue d’un échange avec les Celtics, Fultz était un prospect 5 étoiles et une future superstar en puissance. Plus fort et plus mature que James Harden au même âge, smooth, précis, élégant, il était de manière incontestable le numéro 1 de cette draft.

Pourtant aujourd’hui, après une saison à se battre a priori contre une blessure à l’épaule et des « yips » (points toujours assez peu documentés), il revient avec beaucoup de pression sur les épaules.

Outre son statut de numéro 1 de draft, l’ex star de Washington va devoir composer avec un engrenage qui pourrait être extrêmement dangereux pour lui: à l’heure actuelle, les 76ers visent les finales NBA. L’équipe ne peut pas se permettre d’avoir un joueur inefficace dans la rotation.

Or inefficace, c’est précisément l’adjectif qui colle à la peau de Fultz sur ce début de saison: 45,2% aux tirs réels, clairement, c’est assez hideux.

Des signes malgré tout encourageants

Relativisons malgré tout: ce n’est que le début de saison et cette dernière sera longue, d’autant qu’il y a des motifs d’espoir.

Malgré une sélection de tirs parfois discutable, l’ex star des Huskies est dans le 78e percentile pour ce qui est de la réussite près du cercle. Pour un joueur de 1ere année, c’est véritablement excellent.

Au delà de la seule efficacité, si l’on prend un peu de hauteur, il est clairement l’un des 76ers les plus en vue du début de saison: globalement, les lineups qui fonctionnent le mieux s’articulent autour du duo Fultz-Embiid + shooteurs.

Outre ce constat là, l’intérêt de ce genre d’étude est de faire ressortir ce fait que si les lineups avec Ben Simmons défendent mieux, elles sont moins rentables parce qu’elles scorent beaucoup moins.

Certes, pour l’instant Fultz visite divers spécialistes pour tenter de résoudre ses soucis à l’épaule et au poignet, mais il n’en reste pas moins que depuis l’arrivée de l’ex star des Wolves, son temps de jeu était en chute libre, Brett Brown commençant de plus en plus à lui préférer TJ McConnell.

Ce choix est extrêmement discutable car pour intéressant que soit l’ami TJ face à certaines matchups comme Boston, cela ne tient absolument pas la route sur la longueur d’une saison et encore moins sur une campagne de playoffs qui durerait potentiellement jusqu’en juin.

Sur les derniers matchs, l’absence de Fultz est particulièrement remarquable: les problèmes de défense sur le porteur de balle de l’an passé refont surface et le second unit manque cruellement de dynamisme et de puissance défensive: même si McConnell fait les efforts, il reste terriblement limité par son physique frêle et sa taille réduite, ce qui n’est pas le cas d’un Fultz qui est grand, long et déjà très bien tanké pour son âge.

Un ensemble statistique met particulièrement en lumière les qualités défensives de l’ex star des Huskies: les deux lineups qui ont eu le meilleur ratio défensif sont articulées autour de Fultz, Embiid et des défenseurs réputés médiocres voire carrément mauvais (Korkmaz, Redick, Muscala, Shamet). A côté de cela, quand le duo Fultz-Embiid est sur le terrain, les 76ers n’encaissent que 97,7 points pour 100 possessions.

L’on en est donc pas au point de dire que l’équipe n’a plus besoin de lui: c’est faux et ce serait même une grave erreur de sous-estimer l’importance qu’il a déjà au sein de l’équipe malgré son statut de remplaçant.

La roue infernale peut-elle écraser Markelle Fultz ?

L’an passé, les 76ers ont cruellement manqué d’un fort défenseur sur l’homme et a fortiori sur le porteur de balle. Ils ont ressenti tout aussi cruellement l’absence d’un joueur efficace sur pick and roll et capable de se créer son tir. Enfin, et c’est là la principale cause de l’énorme raté qu’a été la série face aux Celtics: il aura manqué ce joueur capable de temporiser, de garder la tête froide et de jouer possession par possession tout en exécutant proprement.

En saison régulière, le pace&space permet de compenser assez facilement. En playoffs, où l’on finit forcément par tomber sur l’une des meilleures défenses de la ligue, ça ne pourra en revanche jamais fonctionner.

Les qualités précitées sont précisément celles qui ont fait de Fultz un N1 de draft.

Contrairement à Ben Simmons et Joel Embiid, Markelle Fultz perd très peu de ballons. En plus d’un handle de grande qualité, l’ex star des Huskies fait preuve de beaucoup de sang froid et d’une vraie capacité à jouer juste et ce peu importe la situation. Qualité rare s’il en est et ô combien précieuse en playoffs.

En plus de cela, lors de son année universitaire, Fultz était de très loin le meilleur prospect du pays pour ce qui est de se créer son tir (et donc par extension la réussite sur les tirs en pull-up) et de marquer sur pick and roll.

Malheureusement pour lui, les 76ers sont aujourd’hui des prétendants aux Finales NBA et plus si affinités. Or le fait que le N°1 de la draft 2017 soit si décevant malgré des signes encourageants freine considérablement ce genre de prétentions.

Est-ce pour cette raison que les 76ers ont pris le (gros) risque d’échanger Robert Covington et Dario Saric pour récupérer une 3e star en Jimmy Butler ?

En étant réaliste, on peut difficilement trouver une autre explication plausible. Butler est à peu de choses près tout ce que le front office attendait que Fultz devienne: un attaquant ultra complet qui accroît encore la polyvalence défensive de l’équipe.

En outre, il devient de plus en plus compliqué d’ignorer les rumeurs de transfert se multiplient autour du protégé de Brett Brown. Pour l’instant l’on en est qu’au stade des suggestions foireuses (disons le) autour des Cavaliers ou des Suns, mais ce type de rumeur est bien souvent le prélude de discussions plus sérieuses.

Arrivera-t-il à être productif à temps ? On ne peut que l’espérer pour lui. Toujours est-il que la machine infernale est lancée et que les embûches seront nombreuses sur la route de l’enfant chéri du Wells Fargo Center.

L’arrivée de Jimmy Butler: le coup de grâce ?

Comme exposé plus haut, il est fort probable que ce deal ait été consenti parce que le front office a perdu espoir dans l’ex-star de Washington.

Pour autant, est-ce que la venue du MIP 2015 compromet l’avenir de Fultz avec les 76ers ?

Difficile à dire en vérité, mais quelques rappels essentiels semblent s’imposer. Premier constat: Butler n’est absolument pas un joueur égoïste sur le terrain, très loin s’en faut. Ses premiers matchs sont d’ailleurs loin de démentir ce postulat. Ensuite, sa présence soulage énormément Joel Embiid: l’attaque ne coule plus à pic dès que le camerounais sort. Enfin, malgré ses agissements plutôt borderline du côté de Minneapolis, Butler a tout du coéquipier modèle sur ce début de saison et personnellement j’ai été assez étonné de sentir autant de sincérité quand il a publiquement soutenu Markelle Fultz. Peut-être avais-je vu juste et qu’il se reconnaît un peu dans le parcours et les galères de son jeune coéquipier mais tout cela reste assez largement à démontrer malgré tout.

Côté terrain, on peut voir la chose sous plusieurs aspects.

D’un côté, ce renfort permet de créer des lineups complètement intouchables défensivement type Fultz-Smith-Butler-Simmons-Embiid. Vous l’aurez sûrement remarqué, je compte Zhaire Smith dans ce genre de lineup. Plutôt que de faire un long aparté sur les qualités du garçon, je vous invite plutôt à aller regarder les excellentes vidéos de @GuillaumeBInfos sur le sujet. On pourra toujours dire que le garçon n’a jamais défendu sur des joueurs NBA, mais cet argument montre très vite ses limites quand on parle d’un joueur que beaucoup considèrent comme le meilleur défenseur extérieur de cette draft. Simple réserve: il lui faudra effectuer un travail de précision pour devenir beaucoup plus tanké sans perdre son explosivité et sa vitesse latérale.

Seul problème: vous l’aurez remarqué, une telle lineup est ultra déséquilibrée et présente un spacing proche du néant. 2 non shooteurs, 2 shooteurs très moyens et un seul shooteur correct, clairement, ce n’est pas la panacée. Malgré tout, on le voit actuellement, une lineup avec une grosse puissance défensive peut très bien marcher à la condition qu’il y ait des joueurs pour créer toute l’attaque: on le voit actuellement avec les Grizzlies qui se reposent quasi intégralement sur Mike Conley et Marc Gasol. Avec tout le respect qu’on a pour ces deux joueurs, Jimmy Butler et Joel Embiid sont assez clairement un ton au dessus, d’où l’optimisme qu’on peut avoir pour de telles configurations, surtout dans une optique de playoffs où l’opportunité d’éteindre l’adversaire présente plus d’intérêt que celle de tenter l’outscoring.

Pour revenir sur Fultz et sa compatibilité avec Butler stricto sensu, outre l’intérêt défensif évident tout dépendra évidemment de sa progression: si par miracle il récupère son shoot voire que grâce aux cieux il parvienne à de nouveau allumer tout le monde grâce à un pull-up 3′ létal (sait-on jamais…), le potentiel offensif de l’équipe sera démultiplié et les 76ers disposeront alors de deux grosses menaces sur pick and roll, ce qui pourrait tout changer. Si en revanche il ne progresse pas du tout, l’attaque marchera, mais sera très vite sur le fil du rasoir quand il faudra affronter les meilleures défenses de la ligue. Or quand on sait que Toronto ou Boston seront vraisemblablement nos adversaires en demi-finale de conférence…

La situation de Fultz est précaire, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais on peut difficilement aboutir à une autre conclusion que celle qui consiste à dire qu’il n’est pas menacé tant qu’une opportunité ne se présente pas.

Allez, Trust the Process.

 

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